Troubles du sommeil et insomnies

Quand la nuit commence bien avant le coucher
Certaines nuits ne sont plus attendues, mais redoutées, non pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles risquent d’être. Le corps est épuisé, pourtant le repos ne vient pas, comme si quelque chose restait en tension. Les pensées tournent, les positions s’enchaînent, le sommeil semble toujours sur le point d’arriver sans jamais vraiment s’installer. Et peut-être qu’à ce stade, ce qui se joue autour du sommeil mérite d’être regardé autrement.

Cet article peut se lire d’un seul trait ou par fragments.

Prenez ce qui vous parle, laissez le reste.

Démarrer sa journée sans être vraiment sorti de la nuit

En se levant, une pensée traverse l’esprit, plus sèche que les autres, teintée d’exaspération :

« M….. 3H seulement »

La journée commence comme beaucoup d’autres, avec un corps déjà entamé. Pas une fatigue passagère, mais les effets bien réels d’un sommeil qui n’a pas permis de récupérer : moins de disponibilité, une vigilance sous tension, des émotions plus réactives. Le système tourne, mais il tourne contraint.

Dans la matinée, au détour d’un moment banal, sans raison apparente, une autre pensée surgit :

« Ce soir… »

Elle reste en suspens. Inutile d’aller plus loin.

Ces pensées apparaissent par à-coups, puis disparaissent. Elles ne forment pas un fil continu, mais elles reviennent régulièrement, comme des rappels involontaires, parce que l’état du corps les fait émerger.

À mesure que la journée avance, les effets du manque de sommeil se font sentir davantage. Il y a moins de marge, moins de clarté, une capacité à encaisser qui diminue. On continue malgré tout, tout en sentant que quelque chose entrave, limite, ampute certaines ressources habituelles.

Et puis le moment arrive. On y est. « Le coucher. »

Quand on s’allonge, on essaie de laisser venir le sommeil.
On attend qu’il prenne.

Une pensée accompagne ce premier temps :

« Pourvu que… »

Pourvu que le sommeil arrive. Pourvu qu’il tienne. Ce n’est pas une certitude, mais une attente fragile, traversée par la question de savoir si, cette fois encore, ça va marcher ou pas.

Les minutes passent.

Le corps commence à bouger. D’abord un ajustement, puis un autre. On change de position, puis encore. Rien ne se pose vraiment. En même temps, l’esprit s’agite lui aussi. Les pensées apparaissent, se succèdent, repartent, reviennent, sans direction claire.

Peu à peu, cela s’installe. Le corps ne trouve pas sa place, l’esprit ne se calme pas.
Ces agitations deviennent le fond, elles s’installent sans qu’on l’ait décidé.

Et à force de tenter, une pensée finit par s’imposer. Elle ne questionne plus :

« Encore. »

Ce moment-là est devenu difficile en lui-même. Une épreuve à part entière. Un temps imposé, redouté pour ce qu’il fait endurer, pour la tension qu’il installe, pour l’usure qu’il génère.

Peu à peu, une boucle s’installe. Les journées sont traversées par l’ombre de la nuit à venir, les nuits par la crainte du jour qui suivra. Et sans qu’on l’ait choisi, une part croissante de la vie commence à s’organiser autour de cette tension.

Dormir devient alors quelque chose qu’il faut réussir

Peu à peu, le sommeil cesse d’être un mouvement naturel. Il devient une attente, puis un enjeu.

On commence à y penser plus tôt dans la soirée, à anticiper le moment du coucher, à se demander si, cette fois, ça ira. Le sommeil n’est plus seulement quelque chose qui arrive ; il devient quelque chose qu’il faudrait parvenir à faire arriver.

Avec cette attente s’installe souvent une forme de surveillance : du corps, des pensées, des sensations. Un état de veille discret mais persistant, qui rend paradoxalement le repos plus difficile.

Tout ce qui est mis en place pour ne pas subir

Face à des nuits qui se répètent, beaucoup de personnes n’ont pas attendu pour agir. Elles ont cherché des solutions, parfois très tôt, parfois après des mois d’épuisement. Il y a ce besoin de reprendre la main, de ne pas rester passif face à ce qui arrive.

Certaines stratégies visent à comprendre et à corriger.
Changer ses habitudes. Mettre en place des rituels. Tester des méthodes de relaxation, de respiration, de méditation. Boire des tisanes, prendre des plantes, des compléments alimentaires. Lire, s’informer, essayer de faire « comme il faut », d’appliquer ce qui est conseillé pour favoriser le sommeil.

D’autres stratégies apparaissent plus discrètement, souvent sans être pensées comme telles.
Rester devant un écran jusqu’à l’épuisement. Repousser l’heure du coucher. S’endormir avec un fond sonore. Occuper l’esprit jusqu’au dernier moment pour retarder ce face-à-face devenu trop chargé.

Ces démarches n’ont pas des intentions différentes. Elles répondent à la même nécessité : tenir, éviter un moment devenu trop difficile, se protéger de ce qui déborde. Parfois, elles soulagent un temps. Parfois, elles échouent. Souvent, elles sont répétées, ajustées, reprises encore.

Peu à peu, la recherche de solutions peut elle-même devenir envahissante. Elle occupe l’esprit, structure les soirées, renforce la vigilance autour du sommeil. Et à force, quelque chose se rigidifie : le rythme se dérègle, le corps perd ses repères, et le sommeil, censé restaurer, devient de moins en moins réparateur.

Alors surgit parfois une pensée lourde et décourageante :

Je ne sais plus quoi faire. J’ai tout essayé.

Avec elle, un sentiment d’incompréhension. De lassitude. Non pas parce que rien n’a été fait, mais parce que l’engagement a été réel, et que malgré cela, le sommeil ne revient pas.

Insomnie d’endormissement, insomnie de réveils nocturnes : des vécus différents

Quand on parle d’insomnie, on pense souvent à la difficulté à s’endormir. À ces heures passées à attendre le sommeil, à ces nuits qui commencent trop tard et se terminent trop tôt, laissant place à une fatigue intense dès le matin.

Mais ce n’est pas la seule forme que peuvent prendre les troubles du sommeil.

Pour d’autres personnes, l’endormissement ne pose pas de problème particulier. Le sommeil vient relativement facilement, parfois même rapidement. Ce qui devient difficile, ce sont les réveils nocturnes. Un réveil en pleine nuit, parfois déclenché par un bruit, un événement ponctuel, un changement de rythme. Puis un autre. Et peu à peu, la crainte s’installe.

La crainte de se réveiller.
La crainte de ne pas réussir à se rendormir.
La crainte de rester éveillé pendant des heures, lucide, fatigué, impuissant.

Chez certaines personnes, le sommeil devient extrêmement léger. Le moindre stimulus suffit à provoquer un éveil, et une fois réveillé, le corps ne parvient plus à replonger dans le sommeil. Là aussi, une forme d’insomnie s’installe, différente dans sa manifestation, mais tout aussi éprouvante dans ses effets.

Quand la fatigue s’ajoute à ce qui est déjà difficile

La fatigue n’est alors plus seulement une conséquence. Elle devient un facteur à part entière, qui modifie la manière de vivre les journées.

Il y a moins de ressources pour faire face. Moins de souplesse émotionnelle. Moins de capacité à réguler ce qui déborde. Le corps tente de récupérer, mais n’y parvient qu’en partie, et cette fatigue persistante rend tout plus sensible : les tensions, les doutes, les inquiétudes.

Un cercle s’installe, sans qu’on l’ait choisi. Pas parce que quelque chose « ne fonctionne pas », mais parce que le système est sollicité au-delà de ce qu’il peut absorber durablement.

Ce que les troubles du sommeil peuvent révéler… ou pas

Parfois, il est possible de faire des liens : une période de tension, un événement, un moment de vie plus fragile. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Pour certaines personnes, les troubles du sommeil apparaissent sans raison identifiable. Une mauvaise nuit, puis une autre, et un jour, la peur s’installe. Et cette peur suffit parfois à entretenir le trouble.

Il n’y a pas forcément quelque chose à comprendre ou à interpréter. Chercher absolument une explication peut alors devenir une pression supplémentaire, comme si ne pas en trouver confirmait qu’il y a « un problème ».

Et si la question n’était pas seulement de mieux dormir ?

Chercher à mieux dormir est légitime. Mais parfois, cette question en recouvre une autre.

Que se passe-t-il lorsque le sommeil cesse d’être un simple temps de repos et devient un moment qui concentre trop d’enjeux ?

Et si ces nuits difficiles parlaient aussi d’un état plus global, d’un moment de vie, sans que cela ait besoin d’être expliqué ou résolu immédiatement ?

Observer cela, sans se presser de corriger, peut déjà déplacer quelque chose. Non pour forcer le sommeil à revenir, mais pour redonner un peu d’espace à ce qui se joue, de jour comme de nuit.

Si ce texte vous a accompagné un moment, d’autres lectures sont accessibles sur la page Articles.

Axel FORTAILLIER
Psychopraticien

J’écris ces articles pour mettre des mots sur des expériences souvent difficiles à comprendre.

Ils n’ont pas vocation à remplacer un accompagnement, mais à ouvrir un espace de réflexion.

Axel FORTAILLIER
Psychopraticien

J’écris ces articles pour mettre des mots sur des expériences souvent difficiles à comprendre.

Ils n’ont pas vocation à remplacer un accompagnement, mais à ouvrir un espace de réflexion.