Pourquoi je n’arrive pas à changer malgré ma motivation

Comprendre ce qui résiste derrière l’envie de transformation
Cette fois, la décision paraît claire. Demain, ce sera différent — et le simple fait de le penser soulage déjà un peu. Le problème, c’est que cette scène est familière. Trop familière. À force de recommencer, ce n’est plus seulement l’habitude qui vacille, mais la confiance que l’on accorde à ses propres décisions. Comme si quelque chose continuait à se rejouer, au-delà d’une simple question d’effort.

Cet article peut se lire d’un seul trait ou par fragments.

Prenez ce qui vous parle, laissez le reste.

Demain, vraiment

La lumière de la salle de bain est trop blanche.
Je ne l’avais jamais vraiment remarqué avant.

Ce soir, elle accroche chaque détail. Les épaules un peu plus tombantes. Le ventre que je rentre machinalement. La trace de l’élastique sur la peau quand j’enlève mon pantalon.

Je me tourne légèrement de profil.
Je redresse le dos.
Je me dis que ce n’est pas si visible. Puis je me vois ajuster le tee-shirt pour qu’il tombe mieux.

Je reste là, immobile, quelques secondes de trop.

Dans l’escalier, tout à l’heure, j’ai senti mon souffle se raccourcir.
Rien d’alarmant. Juste assez pour y penser.
Et ce jean que j’aimais bien — celui que je gardais pour les journées où je voulais me sentir bien dans ma peau — est resté plié sur la chaise. Trop serré. Inconfortable dès que je m’assieds.

Je sais exactement quand ça a commencé.
Ou plutôt, je crois le savoir.

Je me regarde encore.

Il y a ce mélange étrange :
lucidité et lassitude.
Envie et fatigue.

Je me dis que ça ne peut plus durer comme ça.
Que je le sais depuis longtemps.
Que j’ai déjà eu cette conversation intérieure des dizaines de fois, presque mot pour mot.

Et pourtant, ce soir, ça semble différent.

Demain, je m’y mets.

Ce mot — demain — arrive toujours avec une forme de soulagement.
Il contient la promesse d’un autre rythme, d’une autre version de moi-même.
Plus disciplinée. Plus légère. Plus solide.

Je me projette déjà.
Je vois les matins plus organisés, les repas mieux pensés, l’énergie retrouvée.
Je m’imagine dans quelques mois, fier d’avoir tenu.

À ce moment précis, tout paraît simple.
Il suffirait de commencer.

Je me couche avec cette décision en tête.
Elle est sincère.
Je n’en doute pas.

Le lendemain ressemble au précédent.

Il y a parfois un effort.
Un petit ajustement.
Une tentative.

Puis la journée avance.
La fatigue s’invite.
Les contraintes prennent le dessus.
Et quelque chose en moi négocie.

Ce n’est pas si grave.
Pas aujourd’hui.
Je verrai demain.

Le soir revient.
Le miroir aussi.

Et avec lui, une sensation plus difficile à nommer :
celle de ne plus être tout à fait crédible à mes propres yeux.

Ce n’est pas seulement le corps qui pèse.
C’est la répétition.

Je veux changer.
Je le veux vraiment.

Alors pourquoi est-ce que cela ne tient pas ?

Quand le changement devient une promesse

Ce qui est troublant dans ces moments-là, ce n’est pas l’absence de volonté.

La décision est réelle.
L’élan aussi.

Changer apparaît comme une évidence.
Comme la suite logique.

Si je fais ce qu’il faut, les choses iront mieux.
Je me sentirai mieux.
Je serai plus aligné, plus fier, plus apaisé.

Mais le changement n’est pas seulement modifier un comportement.
C’est corriger quelque chose de moi.

Réparer un décalage.
Réduire un écart entre ce que je suis et ce que je pense devoir être.

Et c’est peut-être là que quelque chose se complique.

Car le changement est chargé d’attentes.

Il promet plus qu’une silhouette différente.
Il promet une autre relation à soi.

On sait ce que l’on quitte.
Pas ce que l’on gagne.

Dans ces instants de décision, l’après est idéalisé.

On imagine une version plus stable, plus constante.
On imagine un regard différent.
Celui des autres, et surtout le sien.

À long terme, des bénéfices peuvent réellement exister.
Mais deux réalités sont rarement anticipées lorsqu’on les imagine.

D’abord, ces bénéfices n’apparaissent ni exactement au moment espéré, ni sous la forme précise que l’on avait projetée. Le changement est plus progressif, plus irrégulier, parfois moins spectaculaire que prévu.

Ensuite, il arrive que l’objectif atteint ne produise pas l’effet intérieur attendu. Le moi du futur que l’on avait idéalisé ne ressent pas toujours la satisfaction imaginée. On peut obtenir ce que l’on pensait vouloir… et découvrir que cela ne répond pas exactement à ce qui manquait.

L’écart ne disparaît pas toujours. Il se transforme.

Le coût invisible

Mais ce qui est beaucoup moins visible, c’est le coût.

Changer suppose de renoncer à quelque chose.
À des habitudes installées.
À des gestes automatiques.
À un certain confort.

Même lorsque ce confort ne nous satisfait plus.

Les habitudes ont une fonction.
Elles économisent de l’énergie.
Elles rassurent.
Elles structurent les journées.

Modifier cela demande une disponibilité que l’on sous-estime.

Car le changement ne se produit pas dans le vide.
Il s’inscrit dans une vie déjà chargée : travail, responsabilités, fatigue, sollicitations permanentes.

À court terme, l’inconfort est immédiat.
Et l’être humain réagit d’abord à l’immédiat.

Ce que le maintien peut venir préserver

Lorsque le lendemain ressemble au précédent, la conclusion morale surgit vite :

Je manque de discipline.
Je ne suis pas assez motivé.

Mais si l’on observe autrement, une autre hypothèse apparaît.

Et si le maintien avait une fonction ?

Si ce comportement que je souhaite quitter me protégeait encore de quelque chose ?

Se réfugier dans le familier, même insatisfaisant, peut préserver un équilibre fragile.
Il peut éviter une confrontation.
Une frustration.
Une remise en question plus profonde.

Changer, parfois, ce n’est pas seulement modifier une habitude.
C’est toucher à une identité.

Qui suis-je si je ne suis plus celui qui remet à demain ?
Qui suis-je si je deviens vraiment constant ?
Si je réussis ?

Ces questions travaillent en arrière-plan.

Entre idéal et pression

Il est difficile de penser le changement sans regarder le contexte dans lequel il s’inscrit.

Aujourd’hui, le changement est partout valorisé.

Se transformer.
S’améliorer.
Optimiser sa vie.

Les modèles visibles donnent l’impression que tout est possible, pour peu que l’on s’en donne les moyens.

Et bien sûr, il existe des leviers concrets : modifier son environnement, structurer ses routines, rendre certains comportements plus accessibles.

Ces approches fonctionnent, notamment pour des changements comportementaux précis.

Il serait faux de les nier.

Mais lorsque, malgré ces tentatives, quelque chose résiste, la question ne peut pas rester uniquement technique.

Le changement est souvent pris entre deux forces :
l’idéal que je poursuis,
et la part de moi qui se protège.

Le cycle : espoir, effort, relâchement, culpabilité

Ce qui use le plus, ce n’est pas l’échec ponctuel.
C’est la répétition.

Décider.
Tenir quelques jours.
Se relâcher.
Se juger.
Recommencer.

Avec le temps, la question ne porte plus seulement sur l’habitude.
Elle porte sur la crédibilité intérieure.

Puis-je encore me faire confiance ?

La culpabilité s’installe.
Le discours se durcit.

Si je voulais vraiment, j’y arriverais.

Ce raisonnement paraît logique.
Il reste incomplet.

Car vouloir ne signifie pas être prêt.
Ni être disponible.
Ni être en sécurité pour changer.

Et si la question était ailleurs ?

Peut-être que la difficulté ne se situe pas uniquement dans le comment.

La question ne serait plus seulement :

Pourquoi je n’y arrive pas ?

Mais plutôt :

Qu’est-ce que j’attends réellement de ce changement ?

Qu’est-ce que je crains de perdre si je change vraiment ?
À quelle partie de moi cela convient-il que rien ne bouge ?

Ce déplacement ne fournit pas de solution immédiate.
Mais il évite une confusion fréquente : confondre difficulté et faiblesse.

Changer, mais à quel prix ?

Un changement construit uniquement sur la culpabilité peut produire des effets rapides, mais rarement durables.

Lorsqu’il s’impose contre soi, il rencontre une résistance équivalente.

Un changement ajusté suppose :
une énergie disponible,
une sécurité minimale,
un espace pour expérimenter.

Parfois, les ajustements concrets suffisent.
Parfois, ils ne suffisent pas.

Quand le blocage persiste malgré la volonté, cela peut indiquer qu’un autre niveau est en jeu.

Un regard extérieur peut aider à élargir ce qui semble figé.
Non pas pour imposer un mouvement.
Mais pour comprendre ce qui le rend si difficile.

De la promesse au mouvement

Vouloir changer signifie qu’un écart est ressenti entre ce que je vis et ce que j’aimerais vivre.
Mais cet écart ne dit pas seulement ce qui manque. Il indique aussi ce qui protège.

Se demander pourquoi je n’y arrive pas est légitime.
Mais peut-être que la question la plus féconde est ailleurs :

Qu’est-ce que j’attends réellement de ce changement ?

Une amélioration ?
Une réparation ?
Une validation ?
Une manière d’être enfin acceptable ?

Changer n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas un état définitif à atteindre.
C’est un processus d’ajustement. Un terrain d’expérimentation où l’on teste, où l’on avance, où l’on corrige — et parfois où l’on renonce à certaines idées que l’on avait sur soi.

Il arrive que les leviers concrets suffisent.
Il arrive aussi qu’ils atteignent une limite.

Dans ces moments-là, un espace de réflexion accompagné peut aider à comprendre ce qui, derrière la résistance apparente, cherche peut-être à être reconnu. Non pour forcer un mouvement, mais pour permettre qu’il devienne possible autrement.

Peut-être que la question n’est pas seulement :

Comment changer ?

Mais aussi :

Qu’est-ce que ce “demain” répété cherche à apaiser en moi ?

Et de quelles conditions ai-je besoin pour que le changement ne soit plus une promesse contre moi, mais un mouvement avec moi ?

Si ce texte vous a accompagné un moment, d’autres lectures sont accessibles sur la page Articles.

Axel FORTAILLIER
Psychopraticien

J’écris ces articles pour mettre des mots sur des expériences souvent difficiles à comprendre.

Ils n’ont pas vocation à remplacer un accompagnement, mais à ouvrir un espace de réflexion.

Axel FORTAILLIER
Psychopraticien

J’écris ces articles pour mettre des mots sur des expériences souvent difficiles à comprendre.

Ils n’ont pas vocation à remplacer un accompagnement, mais à ouvrir un espace de réflexion.